Dans les sensations connues mais mal explorées, j’ai approfondi ces derniers temps le frisson de plaisir.
Le frisson de plaisir chez moi ne se déclenche quasiment exclusivement que dans deux situations (1) : en contact avec l’autre (par exemple tenir quelqu’un dans mes bras), ou en écoutant une musique que je trouve particulièrement excellente dans le sens où elle abonde dans le sens de mes affinités esthétiques. Je connais ce frisson depuis des années mais je n’ai jamais fait la démarche de l’analyser.
Ces derniers temps, j’ai découvert une musique qui, toujours au même moment, me provoque systématiquement ce frisson-là, et je vous parle là de dizaines d’écoutes sur une période de plusieurs mois. Après une analyse quasi scientifique basée sur des observations répétées, je vous livre une description que j’espère la plus complète possible du phénomène.
Le frisson commence au niveau des reins -très rarement plus bas- et monte très vite entre les omoplates. Quand il y arrive, l’intensité y est déjà presque maximale, le frisson se sépare en quelque sort et prend la direction des épaules. S’il est assez puissant cela provoque une sorte de spasme ou de convulsion qui entraîne une réaction motrice commandant bras et colonne vertébrale. A ce moment là c’est une vraie catharsis, le paroxysme du plaisir est atteint. Les secousses s’estompent aussi vite qu’elles sont apparues et le frisson finit par mourir dans la nuque.
Comparé à un orgasme masculin -il faut bien employer ce mot tellement la sensation est comparable dans le plaisir ressenti bien que la forme de plaisir soit différente et ne stimule pas les mêmes parties anatomiques- qui est aussi bref que violent et dont le plaisir tient plus en ce qui me concerne en la descente que l’orgasme en lui-même, le frisson dure beaucoup plus longtemps ! Au moins une dizaine de secondes sont nécessaires pour que la sensation disparaisse totalement.
Selon les situations il m’est possible de sentir un frisson en préparation, les poils se hérissent et les picotements commencent dans le bas du dos. C’est avec une réelle extase que j’attends alors qu’il gagne les omoplates et j’ai l’impression que cela peut prendre alors plusieurs secondes avant qu’il n’y arrive.
Il faut bien appeler les choses par leur nom, le frisson de plaisir est une véritable jouissance. Si le frisson était un tremblement de terre, je dirais que le meilleur dans tout ça sont les répliques. J’ai gardé le meilleur pour la fin : je peux avoir plusieurs frissons qui se succèdent si par exemple le moment musical particulièrement apprécié dure dans le temps.
Il m’est donc possible d’être ainsi porté sur une sorte d’onde de frissons entraînant une hausse des pulsations cardiaques, allant et venant, provoquant des réactions motrices que je me refuse le plus souvent possible à contrôler. Cette onde peut ainsi me porter pendant plus d’une minute, je ne suis alors plus qu’une chose aux mains de ce plaisir, je m’abandonne totalement, et je cède le contrôle avec la plus grande grâce pour mieux subir…..
Autant le frisson simple n’est pas contrôlable autant l’onde de frisson peut-être réprimée quand les circonstances ne s’y prêtent pas, par exemple lors d’une écoute en société. Quoi qu’il en soit et quand je me laisse totalement aller, je suis absolument certain de gémir quelques fois.
Également, quand m’est donnée la liberté de pouvoir profiter sans contrainte de ce moment, la descente s’accompagne alors d’une sensation de plénitude doucereuse.
(1) depuis la rédaction de ce texte, j’ai pu constater que le frisson de plaisir pouvait se produire lors d’une conversation, quand je parle de quelque chose ou d’un souvenir auxquels se rattache un sentiment fort comme le plaisir ou la tristesse. L’évocation de la série Six Feet Under dans une discussion est un bon exemple.